Les sociétés à monter pour optimiser ses impôts en libéral

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Holding profession libérales

Tu exerces en libéral (BNC) et tu te demandes quand passer en société (EURL/SARL, SASU/SAS, SEL, holding) pour payer le juste impôt.

Ce guide t’aide à trancher en fonction de ton niveau de bénéfice, de ta protection sociale souhaitée et de tes projets (investissements, locaux pro, association, transmission).

On passe en revue les montages utiles (et ceux à éviter), les arbitrages salaire/dividendes, la TVA, l’immobilier pro (SCI) et la mutualisation des frais (SCM). À la fin, tu as une méthode pas-à-pas pour choisir et mettre en place la bonne structure.

1) Avant tout : faut-il vraiment passer en société ?

Rester en entreprise individuelle (BNC réel) peut suffire si :

  • tes charges réelles sont déjà bien optimisées (véhicule, bureau à domicile, logiciels, CSG déductible…),
  • ton bénéfice reste “raisonnable” par rapport à tes besoins perso,
  • tu n’as pas d’investissement lourd ni de projet d’association/cession à court terme.

Passer en société devient pertinent quand :

  • ton bénéfice explose et tu veux lisser la fiscalité via l’IS,
  • tu souhaites te payer au mix salaire + dividendes,
  • tu prépares un investissement (matériel, embauche, communication) et tu veux capitaliser en société,
  • tu veux associer d’autres libéraux (SEL/SELARL/SELAS) ou séparer les murs (SCI) de l’activité,
  • tu construis une holding (SPFPL pour professions réglementées) pour structurer des participations.

2) Le panorama des structures utiles en libéral

a) Entreprise individuelle “classique” (BNC réel) – le point de départ

Simple, souple, peu coûteuse à gérer. L’impôt est calculé au barème IR sur le bénéfice.
Quand l’activité grossit, tu peux viser l’option IS (voir plus bas) ou l’incorporation (EURL/SASU).

b) EI avec option IS (assimilation à EURL soumise à l’IS)

Tu restes “entreprise individuelle” juridiquement, mais tu bascules fiscalement à l’IS.
Effet recherché : taxer le bénéfice à l’IS et te rémunérer ensuite (salaire + dividendes) selon ta stratégie personnelle.
Points d’attention :

  • Irrévocabilité de l’option (en pratique durable),
  • gestion plus “société” (compta, décisions de rémunération),
  • dividendes potentiellement soumis à cotisations pour certains profils TNS au-delà d’un seuil (voir plus bas).

c) EURL / SARL (gérant majoritaire = TNS)

Classique pour libéraux non réglementés (ou via SELARL pour les métiers encadrés).
Atouts :

  • IS sur le bénéfice (progressif),
  • statut TNS du gérant majoritaire : charges sociales moindre coût à rémunération équivalente vs assimilé salarié,
  • possibilité de dividendes en complément (avec règles sociales spécifiques).
    Attention : la fraction de dividendes qui dépasse un seuil (calculé à partir du capital, primes et parfois comptes courants) est soumise à cotisations sociales TNS. Ce point change souvent l’arbitrage.

d) SASU / SAS (président = assimilé salarié)

Atouts :

  • pas de cotisations sociales sur les dividendes (sur la base des règles en vigueur),
  • protection sociale “salariée” sur la rémunération,
  • grande souplesse statutaire (entrée/sortie d’associés, BSPCE, management packages — utiles hors professions strictement réglementées).
    Points d’attention :
  • coût social plus élevé sur le salaire qu’en TNS,
  • dividendes soumis à fiscalité de capitaux mobiliers (PFU ou barème),
  • prudence sur l’arbitrage rémunération vs dividendes : équilibre salaire (protection) / dividendes (efficience).

e) SEL (SELARL / SELAS / SELAFA…) pour les professions réglementées

Infirmiers, kinés, médecins, dentistes, avocats, experts-comptables, etc.
Atouts :

  • possibilité d’exercer en société de capitaux tout en respectant les règles d’agrément/participation,
  • ouverture du capital (selon métiers) à d’autres pros ou à une SPFPL (holding de libéraux),
  • cadre de gouvernance plus clair pour l’exercice en groupe.
    À savoir : la rémunération peut combiner salaire et dividendes ; les dividendes peuvent, selon les cas (TNS exerçant), entrer en assiette sociale au-delà d’un seuil — c’est un pivot de l’arbitrage.

f) SCM (société civile de moyens)

Outil simple pour mutualiser les frais (loyer, secrétariat, logiciels, matériel), sans partager les recettes.
La SCM n’optimise pas l’impôt au sens strict (pas de bénéfice en commun) mais fait baisser les coûts de chacun, donc améliore le net. Parfait pour un premier niveau de structuration entre confrères.

g) SCI (murs du cabinet / locaux pro)

Séparer les murs (SCI) de l’activité (EI/SEL/SAS…) permet :

  • de sécuriser l’immobilier,
  • de percevoir un loyer (à prix de marché) déductible chez l’exploitant et imposable dans la SCI (IR ou IS selon choix),
  • de préparer la transmission (nue-propriété/usufruit, donations progressives).
    Points d’attention : juste prix de marché, cohérence des flux, risques d’abus de droit si montage artificiel.

h) Holding (SAS holding / SPFPL pour professions réglementées)

Intérêt : remonter des trésoreries (dividendes) à moindre frottement fiscal entre sociétés sous conditions (régime dit “mère-fille” avec quote-part résiduelle), réinvestir (matériel, rachat de patientèle/cabinet), organiser l’actionnariat.
Points d’attention :

  • substance (vraie activité d’animation/gestion),
  • documentation (compta, conventions intragroupe),
  • respect des seuils/engagements pour bénéficier du régime d’exonération intersociétés.

3) Le vrai sujet : arbitrer “IR vs IS” et “salaire vs dividendes”

IR (BNC réel) : simple, mais parfois coûteux quand le bénéfice grimpe

  • Tout le bénéfice remonte à l’IR, avec les cotisations sociales alignées dessus.
  • Idéal si tu retires l’essentiel du bénéfice pour vivre (pas de trésorerie à capitaliser).

IS (EURL/SARL/SELARL, SASU/SAS/SELAS, EI à l’IS)

  • Tu choisis combien te payer en salaire (déductible à l’IS) et combien laisser en société (IS payé, trésorerie qui grossit pour investir).
  • Les dividendes peuvent compléter le salaire.
  • En pratique, on recherche un mix : salaire “à hauteur de protection” + dividendes ou mise en réserve selon projets.

Social : TNS (EURL/SARL/SELARL) vs assimilé salarié (SASU/SAS/SELAS)

  • TNS : coût social optimisé sur la rémunération, mais dividendes au-delà d’un seuil peuvent entrer en assiette de cotisations.
  • Assimilé salarié : coût social plus élevé sur le salaire, mais dividendes hors cotisations (régime en vigueur), seulement imposés comme revenus de capitaux mobiliers (PFU ou barème).
    👉 Il n’y a pas de “meilleure” forme en absolu : on calibre selon tes chiffres (bénéfice, besoin perso, projets).

4) Quatre cas d’école (pour se projeter)

Cas 1 — Coach/consultant à forte marge, besoin de trésorerie pro limité

  • Si tu retires presque tout ce que tu gagnes pour vivre : EI BNC réel (voire EI à l’IS si besoin de lissage ponctuel).
  • Si tu veux capitaliser (équipement, équipe, communication) : SASU (souplesse, dividendes hors cotisations) ou EURL (coût social TNS).
  • À tester : 12 mois simulation IR/IS + salaire/dividendes.

Cas 2 — Profession de santé réglementée, cabinet en croissance

  • SELARL (gérant TNS) ou SELAS (assimilé salarié) selon l’arbitrage social/fiscal.
  • Locaux : SCI propriétaire, loyer de marché facturé à la SEL.
  • À moyen terme : SPFPL en holding pour structurer les participations si association/rachat progressif.

Cas 3 — Duo ou groupe libéral, coûts communs mais recettes séparées

  • Démarrer par une SCM pour mutualiser les frais sans complexité.
  • Si vous développez des projets conjoints, passer à SEL (règles de détention à respecter) ou à une SAS commune pour offres complémentaires.

Cas 4 — Tu prépares une cession/transmission à 3–5 ans

  • Incorporation à l’IS pour conserver de la trésorerie en société et valoriser l’outil,
  • Holding (SPFPL si nécessaire) pour acheter progressivement une patientèle/un cabinet ou loger le produit de cession,
  • SCI si les murs sont stratégiques (baux cohérents, prix de marché).

5) Immobilier pro : SCI à l’IR ou à l’IS ?

  • SCI à l’IR : transparence fiscale, loyers imposés chez chaque associé à l’IR + prélèvements sociaux. Avantage si la revente est envisagée (régime des plus-values privées).
  • SCI à l’IS : loyers imposés à l’IS (déduction amortissements), cash-flow plus lisible mais plus-value plus imposée à la sortie (réintégration des amortissements).
  • Dans les deux cas : loyer de marché, bail en bonne et due forme, travaux correctement documentés.

6) Holding (mère-fille) : quand ça devient intéressant

  • Si tu crées/rachètes une structure d’exercice (SEL/SAS), une holding peut remonter des dividendes avec un frottement réduit entre sociétés (sous conditions, avec quote-part résiduelle).
  • Utilité : réinvestir (matériel, croissance externe), acheter des parts de consoeurs/confrères, organiser les entrées/sorties d’associés.
  • Clés de succès : substance réelle (compta, conventions, gestion), gouvernance claire, documentation des flux (management fees, avances, dividendes).

7) Méthode en 7 étapes pour choisir (et monter) la bonne structure

  1. Diagnostiquer tes 12 derniers mois : CA, charges, bénéfice réel, besoin perso net.
  2. Projeter 12–24 mois : investissements prévus, embauche, locaux, association/cession.
  3. Comparer 3 scénarios chiffrés :
    • BNC réel (IR) bien optimisé,
    • IS avec EURL/SELARL (TNS) — salaire + dividendes,
    • IS avec SASU/SELAS (assimilé salarié) — salaire + dividendes.
  4. Intégrer la TVA (franchise/assujettissement), les amortissements, et l’épargne retraite (PER) dans la simulation.
  5. Choisir la structure et écrire la feuille de route (statuts, comptes bancaires, paie, logiciels, TVA, immobilisations).
  6. Sécuriser l’immobilier (SCI ?) et la mutualisation des frais (SCM ?) si pertinent.
  7. Planifier la rémunération (salaire cible) + politique de dividendes (rythme, seuils, trésorerie), et documenter chaque arbitrage.

8) Erreurs qui coûtent cher (et comment les éviter)

  • Choisir la forme pour la “mode” (SASU ou SELAS “par défaut”) sans simulation IR/IS + social → tu peux payer trop.
  • Dividendes mal calibrés : en TNS, ignorer le seuil au-delà duquel une part entre en assiette sociale → recalculs URSSAF.
  • Loyers non market entre SCI et structure d’exercice → risque de requalification (abus de droit).
  • Holding sans substance (pas d’animation, conventions inexistantes) → remise en cause des avantages.
  • TVA mal gérée (erreurs de paramétrage, collectée/déductible) → pénalités + perte d’optimisation.
  • Absence de registre d’immobilisations (alors qu’on amortit) → déductions rejetées.
  • Manque de formalismes (AGO, conventions intragroupe, bulletins de paie en SAS) → terrain glissant en contrôle.

9) Feuille de route de mise en place (checklist opérationnelle)

  • Statuts propres (clauses d’agrément, cessions, non-concurrence, sortie, décès, etc.).
  • Ouvertures bancaires, mandats, assurances dirigeant, protection juridique.
  • Paie (SAS/SELAS) ou paramétrage TNS (EURL/SELARL) dès le mois 1.
  • Plan d’investissements (matériel, marketing, logiciels) et calendrier des décaissements.
  • TVA : régime, périodicité, logiciels facturation/compta paramétrés.
  • SCI (si murs) : bail, loyer de marché, travaux, assurances.
  • SCM (si mutualisation) : clef de répartition simple, refacturation claire, calendrier de règlement.
  • Holding : conventions d’animation ou de prestations, stratégie de dividendes, calendrier d’AG, compte courant.
  • Tableau de bord : bénéfice courant, trésorerie, rémunération nette, dividendes envisagés, fiscalité estimée.

10) Comment décider vite (mais bien)

  • 1 journée “diagnostic + simulations” suffit souvent à écraser 80 % de l’incertitude.
  • Si tes besoins perso nets > 80 % du bénéfice, IR peut rester efficace.
  • Si tu veux capitaliser pour investir, IS (EURL/SELARL ou SASU/SELAS) prend l’avantage.
  • Professions réglementées : SEL quasi obligatoire pour croître en groupe + éventuellement SPFPL si stratégie d’achats/cessions.
  • Immobilier : SCI – holding immobilière presque toujours utile à moyen/long terme si tu maîtrises le loyer de marché et la fiscalité de sortie.
  • Mutualisation : commence par SCM pour baisser les coûts sans complexifier.

11) Où aller plus loin (sur Comptacool)

  • Comparer micro-BNC / BNC réel / IS avec des chiffres et un plan d’action.
  • Optimiser ton résultat avant de changer de statut (véhicule, CSG, bureau, amortissements).
  • Mettre en place pas à pas (statuts, paie, TVA, immobilisations, tableaux de bord).

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